La Fédération Nationale des Travaux Publics (FNTP) a publié le 19 octobre 2026 la mise à jour de son baromètre Index-Indice, révélant une hausse moyenne de 5 % des coûts de production sur les huit premiers mois de 2026 par rapport à la même période en 2025, selon l'indice composite TP01. Cette progression témoigne d'une pression inflationniste persistante sur le secteur des travaux publics, alimentée par le conflit au Moyen-Orient et ses répercussions sur les prix de l'énergie et des matières premières.
Quels sont les facteurs déclencheurs de cette hausse de 5 % ?
L'augmentation mesurée par l'index TP01 trouve son origine dans un contexte géopolitique dégradé. La FNTP évoque explicitement le conflit au Moyen-Orient, qui a provoqué, en lien avec le blocage du détroit d'Ormuz, une flambée des prix du pétrole, du gaz et de matières premières. Ce choc énergétique se répercute directement sur les coûts de production des entreprises de travaux publics, qu'il s'agisse du carburant pour les dumpers et radladers, des liants bitumineux pour les chantiers de construction routière, ou encore des aciers utilisés dans les ouvrages d'art.
Le baromètre Index-Indice compile plusieurs indices publiés par l'Insee, dont l'indice du coût horaire de travail révisé (tous salariés), qui bénéficie désormais de délais de publication raccourcis : 75 jours après la fin du trimestre considéré, contre 100 jours auparavant. La dernière parution remonte au 15 septembre 2026 pour le deuxième trimestre 2026, et la prochaine est prévue le 15 décembre 2026 pour le troisième trimestre.
Quelles implications pour la rentabilité des entreprises de travaux publics ?
Une hausse de 5 % des coûts de production en huit mois représente un défi majeur pour la rentabilité des entreprises, en particulier dans un secteur où les marges sont structurellement serrées. L'enjeu central réside dans la capacité des acteurs à activer les clauses de révision de prix dans leurs contrats, notamment dans les marchés publics où les formules d'indexation sont encadrées.
La FNTP a obtenu la publication d'une circulaire du 24 avril 2026, baptisée circulaire Lecornu, remplaçant la circulaire Borne précédente. Ce texte vise à sécuriser les marchés de la commande publique face aux turbulences des prix et offre aux entreprises des mécanismes d'accompagnement. Toutefois, ces dispositifs ne résolvent pas l'ensemble des difficultés : dans les marchés conclus avant l'envolée des prix ou dans les contrats privés sans clause d'indexation, les entreprises subissent de plein fouet la dérive des coûts.
Le risque de sous-traitance et de retards dans les chantiers
Lorsque les entreprises ne parviennent pas à répercuter la hausse des coûts, plusieurs scénarios se dessinent :
- Réduction de la marge nette, voire passage en perte sur certains chantiers, menaçant la viabilité financière des PME et ETI du secteur
- Rationalisation des approvisionnements et recherche de solutions techniques alternatives, par exemple substitution de matériaux ou optimisation logistique
- Report ou suspension de chantiers en attente de clarification contractuelle, avec un impact direct sur les délais de livraison des infrastructures
- Négociations avec les maîtres d'ouvrage publics pour des avenants de révision de prix, un processus administratif souvent long
Dans les marchés publics, les donneurs d'ordre sont eux aussi confrontés à une équation complexe : ils doivent absorber les surcoûts dans des budgets souvent déjà votés et rigides, tout en maintenant la continuité des programmes d'investissement en infrastructures de transport, d'assainissement ou d'aménagement urbain.
Quelle stratégie pour les acheteurs publics face à cette inflation ?
Les collectivités territoriales et établissements publics locaux, principaux commanditaires de travaux publics, ont publié leurs délais de paiement pour l'année 2025, désormais étendus à l'ensemble des collectivités, y compris celles de moins de 3 500 habitants. Le respect des délais de paiement devient une variable cruciale : dans un contexte de tension sur les prix, toute rallonge de la trésorerie pèse davantage sur les entreprises.
Les acheteurs publics doivent intégrer dans leurs appels d'offres des clauses d'indexation robustes, reflétant au mieux la composition réelle des coûts d'un chantier. La FNTP met à disposition l'outil Indexo-TP, un simulateur de variation des prix qui facilite le calcul des révisions ou actualisations dans les marchés de travaux en utilisant les valeurs officielles des indices et index TP. Cet outil, accessible aux adhérents, permet d'anticiper les dérives et de négocier des avenants sur des bases objectives.
Des indicateurs mensuels pour un pilotage fin
La FNTP interroge chaque mois un échantillon de 2 100 entreprises de travaux publics sur leur activité en France métropolitaine, publiant un bulletin mensuel de conjoncture. Ces données, croisées avec les évolutions de l'index TP01, offrent aux acheteurs et aux donneurs d'ordre une vision en temps réel de la santé du secteur, indispensable pour ajuster les calendriers de passation et anticiper les tensions budgétaires.
Le contexte actuel impose un dialogue renforcé entre maîtrise d'ouvrage et entreprises, avec une transparence accrue sur les structures de coûts. Les formules d'indexation doivent notamment mieux intégrer les composantes énergétiques et les matières premières stratégiques, dont la volatilité s'est accrue depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient.
Perspectives : vers une stabilisation ou une nouvelle flambée ?
L'évolution des prix dépendra largement de la situation géopolitique et de la fluidité des approvisionnements énergétiques. La FNTP a mis en place des outils d'accompagnement pour ses adhérents, notamment un accès direct aux circulaires et aux recommandations en matière de gestion de flotte et d'optimisation des temps d'utilisation des engins.
Pour les entreprises, la maîtrise des coûts d'exploitation devient un levier de compétitivité essentiel : maintenance préventive des pelles hydrauliques, chargeuses et tombereaux, formation des conducteurs aux éco-gestes, recours à des solutions de télématique pour suivre en temps réel la consommation de carburant et les heures de fonctionnement.
Le prochain baromètre Index-Indice, attendu en novembre 2026 avec les données de septembre, dira si la tendance se poursuit ou si un plateau est atteint. En attendant, la hausse de 5 % enregistrée sur les huit premiers mois de 2026 impose à l'ensemble de la chaîne — entreprises, acheteurs publics, bureaux d'études — une révision des hypothèses budgétaires et contractuelles pour les exercices en cours et à venir.
Cet article a été créé avec l'aide de l'IA et vérifié par la rédaction.




