Volvo Construction Equipment démarre la production en série de la chargeuse sur roues L120H avec entraînement électrique. Le fabricant suédois poursuit ainsi sa stratégie d'électrification dans la gamme de puissance moyenne. Le L120H doit notamment faire ses preuves sur les chantiers urbains et dans les halls fermés, où les gaz d'échappement diesel posent problème.
Caractéristiques techniques du L120H Electric
Volvo ne communique que peu de spécifications concrètes sur le L120H Electric pour l'instant. La L120H conventionnelle avec entraînement diesel développe 195 kW et pèse environ 20 tonnes. La capacité du godet est de 3,4 mètres cubes. Pour le modèle électrique, Volvo ne fournit pas encore de valeurs exactes pour la capacité de la batterie ou le temps de charge. L'expérience avec les plus petites chargeuses électriques L25 et L120 montre cependant : des capacités de batterie entre 200 et 300 kWh sont réalistes. Cela permet des temps d'utilisation de quatre à six heures, selon le profil de charge.
La puissance d'entraînement devrait être à un niveau similaire à celui de l'équivalent diesel. Les moteurs électriques offrent cependant l'avantage d'un couple immédiatement disponible. Cela se remarque au démarrage avec godet plein et lors des changements de charge. Ceux qui font souvent des manœuvres et ont de courtes distances de trajet bénéficient d'une transmission de puissance plus directe.
Coûts d'exploitation : où l'électrique est rentable
Le plus grand levier réside dans les coûts énergétiques. Une chargeuse diesel de la classe 20 tonnes consomme en moyenne 15 à 20 litres par heure de fonctionnement. Aux prix actuels du diesel d'environ 1,50 euro par litre, les coûts de carburant s'élèvent à 22 à 30 euros par heure. Les machines fonctionnant à l'électricité nécessitent environ 100 à 150 kWh pour le même travail. Aux coûts d'électricité de 30 cents par kWh, les coûts énergétiques se situent entre 30 et 45 euros. Ce n'est qu'avec des tarifs d'électricité moins chers ou sa propre installation photovoltaïque que l'exploitation devient clairement rentable.
Il faut ajouter à cela les coûts d'entretien réduits. Pas de vidange d'huile, pas de filtre à particules diesel, pas de catalyseurs SCR. Volvo estime les coûts d'entretien 30 à 40 % moins élevés sur la durée de vie. Le problème reste le prix d'acquisition. Les machines électriques coûtent actuellement 40 à 50 % plus cher que les modèles diesel comparables. L'amortissement dure entre cinq et sept ans avec une utilisation normale.
Marchés cibles et cas d'utilisation
Volvo vise avec le L120H Electric surtout les chantiers dans les centres-villes, les centres de recyclage et les halls de stockage fermés. Partout où les exigences en matière d'émissions sont strictes ou le bruit pose problème, les machines électriques déploient leurs forces. En Scandinavie, des appels d'offres stricts sont déjà en cours, où seules les machines sans émissions sont autorisées. L'Allemagne suit : plusieurs grandes villes exigent depuis 2024 des zones zéro émission pour les travaux publics.
Pour le manutention de matériaux en vrac dans les halls fermés, la L120H Electric est idéale. Pas d'émissions, beaucoup moins de bruit et performance constante même lors de longs arrêts. Sur les grands chantiers de terrassement avec de longs trajets de transport, le diesel reste pour l'instant la solution la plus économique. L'infrastructure manque encore pour la recharge rapide et les temps d'utilisation sont trop courts.
L'infrastructure de charge décide de la praticabilité
Le plus grand obstacle pour les chargeuses électriques reste l'infrastructure de charge. Un L120H avec une capacité de batterie de 250 kWh a besoin d'une Wallbox standard de 22 kW pendant plus de dix heures pour une charge complète. Cela fonctionne pendant la nuit, mais ne permet pas de charge intermédiaire. Les chargeurs rapides en courant continu de 150 kW réduisent le temps de charge à moins de deux heures. Ces systèmes coûtent cependant 50 000 à 80 000 euros supplémentaires.
Volvo propose pour ses machines de construction électriques un système de gestion de charge propre. Le système coordonne plusieurs machines sur une connexion réseau et prévient les pics de charge. Si vous chargez plusieurs machines électriques en même temps, vous avez besoin d'une connexion puissante. 500 kW sont réalistes pour une flotte mixte. Cela nécessite une planification et des investissements.
Réaction de l'industrie : attendre les faits concrets
L'industrie observe l'offensive électrique de Volvo avec intérêt, mais aussi avec scepticisme. De nombreuses entreprises attendent des rapports pratiques concrets avant d'investir. Les modèles plus petits L25 et L120 Electric fonctionnent déjà chez des clients pilotes. Les premiers retours sont positifs, surtout pour les cycles d'utilisation courts. Les choses deviennent problématiques avec les charges lourdes et les longues durées de fonctionnement. C'est ici qu'on voit rapidement si la capacité de la batterie est suffisante.
Les plus grandes entreprises de construction testent les machines électriques surtout en raison des exigences d'appel d'offres. Celui qui n'investit pas aujourd'hui perdra des contrats demain. Les petites entreprises restent réticentes. Les coûts d'acquisition élevés et l'évolution incertaine de la valeur résiduelle les découragent. Les modèles de location pourraient aider ici, mais ils sont encore rares.
Perspectives : l'électrique restera un créneau
Le L120H Electric est une étape importante pour Volvo, mais reste un produit de niche. Pour certaines applications, l'entraînement électrique a absolument du sens. Sur le chantier de terrassement classique, le diesel dominera encore pendant des années. Ce n'est que lorsque les coûts des batteries baissent, que les temps de charge diminuent et que l'infrastructure est disponible de manière généralisée que l'électrique devient une véritable alternative.
Volvo prévoit en parallèle des entraînements hybrides et des prototypes à hydrogène. La stratégie est claire : développer plusieurs technologies en parallèle et proposer la solution appropriée selon le cas d'utilisation. Pour l'acheteur, cela signifie : faire des calculs précis, analyser le profil d'utilisation, puis décider. Le L120H Electric est une option, pas une panacée.




