Volvo Construction Equipment met en production en série des tombereaux articulés électriques. Le fabricant suédois inaugure ainsi une nouvelle phase pour le mouvement des terres sans émissions. Mais alors que l'annonce semble révolutionnaire, la question se pose sur le chantier : qu'est-ce que cela signifie concrètement en termes d'autonomie, de temps de charge et de coût total de possession ?
Volvo lance les tombereaux électriques en série : les faits
Volvo CE démarre la production en série de ses tombereaux articulés électriques. Les machines fonctionnent sans moteur diesel et reposent entièrement sur la propulsion par batterie. Cette étape constitue un jalon pour l'électrification du chantier, en particulier dans le domaine des engins lourds de terrassement. Les tombereaux articulés sont indispensables sur les chantiers : ils transportent les masses de terre, les matériaux en vrac et les déblais sur des terrains accidentés. C'est précisément ici que le diesel était jusqu'à présent imbattable.
Le fabricant promet un fonctionnement sans émissions, des coûts d'exploitation nettement réduits et des frais d'entretien moins élevés. Les machines sont destinées principalement aux projets urbains et aux chantiers soumis à des normes d'émissions strictes. Pour les entrepreneurs en bâtiment, la question se pose : l'investissement en vaut-il la peine, ou les tombereaux électriques restent-ils une solution de niche ?
Autonomie et temps de charge : le test pratique
Le défi central des engins de construction électriques est l'autonomie. Un tombereau articulé diesel roule facilement 8 à 10 heures avant de devoir être ravitaillé en carburant. La batterie d'un tombereau électrique ne peut pas le faire sans difficultés. Volvo ne communique pas d'indications concrètes d'autonomie en kilomètres pour ses machines – ce ne serait d'ailleurs guère significatif, car les tombereaux roulent généralement sur de courtes distances.
Ce qui compte, ce sont les heures de fonctionnement sous charge. Cela dépend de la capacité de la batterie et du profil d'utilisation. Celui qui transporte du matériel sur de courtes distances et récupère fréquemment – c'est-à-dire qui récupère de l'énergie en freinant – peut augmenter considérablement la durée de fonctionnement. En revanche, celui qui déplace des charges lourdes sur de plus longues pentes atteindra rapidement ses limites.
Le temps de charge est le deuxième point critique. La recharge rapide en courant continu peut ramener la batterie à 80 % en 1 à 2 heures. Cela semble acceptable, mais nécessite une infrastructure adaptée sur le chantier. Celui qui ne dispose que de raccordements normaux en courant alternatif doit compter sur des temps de charge de 6 à 8 heures. Pour un fonctionnement en deux équipes, cela devient serré – à moins que la machine ne se recharge pendant les pauses ou la nuit.
Infrastructure de recharge sur le chantier : les coûts cachés
Un tombereau électrique a besoin d'électricité – et pas depuis une prise murale. Pour le fonctionnement de plusieurs machines, des stations de charge avec des puissances de 50 à 150 kW sont nécessaires. Cela signifie : vérifier le raccordement au réseau, éventuellement l'étendre, installer un transformateur, tirer des câbles. L'investissement peut rapidement coûter 20 000 à 50 000 euros par station de charge, selon le site et la capacité du réseau.
Pour les grands chantiers avec plusieurs machines électriques, un système de gestion des charges distinct est nécessaire. Celui qui veut charger cinq tombereaux simultanément a besoin soit d'un raccordement réseau massif, soit d'un système intelligent qui distribue la puissance de charge. De tels systèmes existent – mais ils coûtent cher. Viennent s'ajouter les frais d'électricité eux-mêmes. Aux tarifs de l'électricité commerciale de 20 à 30 centimes par kWh, cela s'accumule avec des heures de fonctionnement élevées.
Coût total de possession : tombereaux électriques vs. diesel
Le prix d'achat d'un tombereau articulé électrique est nettement supérieur à celui d'un modèle diesel comparable. Selon la catégorie de taille, le supplément peut atteindre 30 à 50 %. Un tombereau articulé diesel d'une charge utile de 30 tonnes coûte environ 250 000 euros. La version électrique coûte entre 350 000 et 400 000 euros. En contrepartie, les coûts de diesel, qui peuvent facilement atteindre 40 000 à 50 000 euros par an avec environ 3 000 heures de fonctionnement, disparaissent.
Les coûts d'entretien sont plus faibles : pas de vidange d'huile, pas de filtre à particules diesel, pas de catalyseurs SCR. Les freins s'usent moins rapidement car la machine décélère électriquement. Volvo évalue les économies sur l'entretien et les services à jusqu'à 30 %. Sur une durée de vie de 10 ans, cela peut représenter 80 000 à 100 000 euros.
Le calcul s'inverse si la batterie doit être remplacée après 6 000 à 8 000 heures de fonctionnement. Un pack batterie pour un lourd tombereau coûte 60 000 à 100 000 euros – cela réduit considérablement les économies. Celui qui utilise la machine de manière modérée peut atteindre une durée de vie de 8 à 10 ans sans remplacement de batterie. En cas d'utilisation intensive, cela devient serré.
Amortissement : quand le passage est-il rentable ?
Le temps d'amortissement dépend fortement du profil d'utilisation. Celui qui conduit la machine 8 heures par jour sous charge économise 40 000 à 50 000 euros par an en coûts de diesel et d'entretien. Avec un surcoût de 150 000 euros, l'amortissement est atteint en 3 à 4 ans. En revanche, celui qui roule seulement 1 000 heures par an a besoin de 10 ans ou plus – trop long pour ignorer le risque lié à la batterie.
Les subventions peuvent améliorer le calcul. En Allemagne, il existe des programmes pour les engins de construction sans émissions qui couvrent jusqu'à 40 % des coûts supplémentaires. Cela réduit le surcoût effectif à 90 000 euros et raccourcit l'amortissement à moins de 2 ans. Cependant, de tels programmes sont limités dans le temps et souvent liés à des procédures de demande complexes.
Scénarios d'utilisation : où les tombereaux électriques ont du sens
Les tombereaux articulés électriques sont idéaux pour les chantiers urbains soumis à des normes d'émissions strictes. Celui qui travaille dans les centres-villes n'a souvent pas le choix : les interdictions de diesel et les restrictions d'accès font de l'électricité une obligation. De plus, pour les travaux de tunnel, les parkings souterrains et les salles fermées, les machines électriques s'imposent – les émissions d'échappement sont ici un critère d'exclusion.
Pour les grands projets de mouvement des terres en plein air, le diesel reste pour l'instant le meilleur choix. Celui qui transporte 300 tonnes de matériel par jour sur 2 kilomètres a besoin d'autonomie et d'un ravitaillement rapide. Ici, plusieurs machines devraient fonctionner en alternance pour assurer un fonctionnement continu – et cela augmente les coûts.
Les scénarios d'utilisation hybrides sont intéressants : tombereaux électriques pour le transport sur le chantier, camions diesel pour l'évacuation. Le chantier reste ainsi sans émissions, tandis que le transport longue distance continue avec une technologie conventionnelle. Volvo propose des systèmes compatibles à cet effet – une stratégie que Caterpillar et Komatsu poursuivent également.
Conclusion : percée ou niche ?
La production en série de tombereaux articulés électriques par Volvo CE est une étape importante – mais pas un succès automatique. Les machines fonctionnent, la technologie est éprouvée. Mais la rentabilité dépend entièrement du profil d'utilisation. Celui qui roule beaucoup et utilise les subventions peut économiser. Celui qui ne construit qu'occasionnellement doit payer un supplément.
L'infrastructure de recharge reste un point critique. Sans investissements massifs dans l'approvisionnement électrique et les stations de charge, le tombereau électrique reste un alibi coûteux. Pour les grands projets avec plusieurs machines, l'effort est justifié – pour les petites entreprises, c'est moins le cas.
Volvo donne un signal, mais le marché suivra lentement. Les prochaines années montreront si les tombereaux articulés électriques deviennent la norme – ou si le diesel continue à dominer le chantier.
Pour en savoir plus sur l'électrification des engins lourds de terrassement, consultez notre article sur la stratégie des tombereaux électriques de Volvo CE. Pour un aperçu des machines électriques utilisées en milieu urbain, nous recommandons notre comparaison des engins de construction électriques.






